Le terme « Digital nomade » désigne les professionnels free lance ayant une activité en lien avec l’informatique qu’ils peuvent donc pratiquer n’importe où dans le monde et ils ne s’en privent pas. Depuis 2 ans, je fais partie de cette nouvelle tribu.

De la réserve aborigène attikamekh au Canada, depuis l’Oktoberfest à Munich et en direct des plages des îles canaries. Récit de mon dernier contrat: vidéaste pour un tour opérator allemand qui m’a emmené dans un tourbillonnant tour d’Europe en van.

Comme le chantait Desireless « Voyages voyages, plus loin que la nuit et le jour ». Le voyage, c’est mon quotidien. J’en vis et j’adore ça.

Vivre du voyage, qui n’en a pas rêvé ? Liberté, découverte perpétuelle de nouveaux horizons, de nouvelles cultures, des rencontres improbables. Pour moi, il se déroulera en van pendant 6 mois. 9000 km durant lesquels j’irai filmer la Belgique, la Hollande et l’Allemagne pour finir mon périple aux Canaries. Un mode de vie pas très commun où les kilomètres défilent mais où la vue jamais n’est la même.

La routine, connais pas. Une maison, un lit, des habitudes, des journées qui s’enchaînent et se ressemblent, connais pas. Un agenda organisé, des sorties prévues un peu à l’avance, connais pas.

Gypsie des temps moderne, je suis journaliste free lance et mon business c’est le voyage. J’écris, je filme. Bien sûr, rien n’est idyllique. Comme pour tout, il y a un prix à payer. Les revenus ne sont pas tous les mois les mêmes et parfois moins consistants que si j’avais tenu en place dans ce poste fixe que j’ai laissé loin derrière moi. Mais je vis la vie que j’ai choisie.

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Hasard et Opportunités

Après un voyage de 2 mois au Canada, au cours duquel j’ai réalisé un dossier pour un magazine de voyage, me voilà de retour à Annecy, un peu penaude sans bien savoir quelle sera la suite des événements. Parce que le voyage et le travail en free lance c’est aussi ne pas savoir de quoi sera fait demain.

Après quelques mois à Lausanne, je rencontre mon prochain compagnon de voyage à Munich où j’étais partie une semaine. Tom vit de ses passions : le voyage et la vidéo depuis 5 ans. Il recherche quelqu’un pour l’assister ; filmer, conduire le van, prendre des rendez-vous pour les tournages.

Nous partons à bord de son Citroën Jympy, fraichement acquis. Durant 3 mois, nous parcourrons la Belgique, la Hollande et l’Allemagne en long en large et en travers. C’est une commande d’un tour operator qui souhaite faire la promotion de ses destinations sur son site internet par le biais de videos.

Nous voilà partis dans une course effrénée. Mes affaires doivent vite trouver leur place dans les compartiments étroits du van. Vivre à deux, avec un quasi inconnu dans 10m2 pendant 3 mois, voilà qui promet ! Mais comme à mon habitude, la promesse de l’aventure efface toutes mes craintes restées à la porte du van que nous avons refermée à Munich.

Dépassement de vitesse

Depuis Munich, direction la France. Premier arrêt : Reims, ville du champagne en Champagne. Mais nous ne bullons pas pour autant. Conduire et garer un van de 6 mètres de long fait partie de mon quotidien. Porter mon équipement, courir pour les rendez-vous à travers toutes ces villes, ne pas se perdre. Le contrat: filmer par jour de beau temps, les jours de repos viendront avec la pluie ou les nuages. Mais l’été est chaud et les journées de tournages s’enchaînent sans fin.

Il faut filmer tant que la lumière le permet. Ma caméra en bandoulière et mon trépied sur l’épaule, j’ai parfois l’impression de partir en guerre. Il va me falloir « shooter » vite et bien ! Quelques minutes, le meilleur plan, la meilleur prise de vue et c’est repartie pour la prochaine, à l’autre bout de la ville.

Le soir venu, il faut trouver où se garer pour passer la nuit. Tom et moi optons pour le camping sauvage. Un champ la plupart du temps. Quand il fait trop noir pour s’y retrouver en pleine nature, le parking d’une zone industrielle fera l’affaire. Selon les cas, nous nous réveillerons avec le chant des criquets ou le grabuge des camions poubelles.

Accident de parcours

Il faut trouver son rythme, et le faire coïncider avec son compagnon de voyage lorsque l’on vit dans un van. Je suis du matin, il est de la nuit. Résultat les nuits son courtes. Mais nous n’avons pas toujours d’impératifs horaire. La journée commence à 10h avec le café en plein champ.

S’excuser à longueur de temps pour passer du lit à la « cuisine », de la « cuisine » à la « salle de bain ». Il faut changer de place avec son collègue qui prépare le café. « Je passe devant ou tu passes derrière ? ».

Quand une engueulade pointe le bout de son nez, difficile de s’isoler…. Il faut se résoudre à sortir chacun son tour sous peine de manquer d’air. Mais les autres jours, quand le soleil brille, c’est le bonheur. A la recherche du meilleur coucher de soleil que nous apprécierons en dînant sous le pare-vent. Chaque matin, je me réveille aux abords d’une nouvelle ville : sous une éolienne, au milieu d’un champ, au bords d’une falaise où la vue coupe le souffle.

L’anti Metro boulot dodo

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Un parc d’attraction en Hollande, la caméra Go Pro autour du front (sisi c’est du travail), puis sur un bateau au départ de Lemmer. A bord, un groupe scolaire  allemand, des ados prêt à tout pour passer un bon moment. Très vite, certains ont la nausée à cause de la bière qui coule à flot, en secret, dans leur chambre. Le capitaine du navire ne fait pas mieux avec sa chope de bière à 10h du matin. Ce petit fripon de 65 ans a la tête du capitaine igloo sur les boites de sardines.

Faire voler un drone dans un parc ou sur une plage du nord, ça comporte des risques… Voilà une tripotée de mouettes qui se mettent à charger l’appareil ! Mais elles ne sont pas braves bien longtemps et laissent leur territoire à ce petit monstre en plastique affublé d’une caméra. Manger une gaufre à Liège, une Bradwurst à Berlin, boire une bière en Belgique et en Allemagne pour figurer dans la vidéo. Vive le régime !

A Amsterdam il nous faut des rushs de discothèque, nous nous sacrifions et partons fouler les dances floors de la capitale. Rien qu’un verre avant de continuer à travailler. Et, bien sûr, il nous faut prendre la température dans les coffee shop.

Il y fait tellement chaud qu’elles sont toutes enfumées et ça fait tourner la tête. Dans le quartier rouge, la température monte encore, sûrement à cause du soleil qui tape bien fort contre les vitrines derrière lesquelles des femmes n’ont d’autre choix que de se dévêtir.

Evidemment, on ne quittera pas la Hollande sans avoir fait le tour des fermes de fromages ni sans avoir mis les pieds dans les fabriques de sabots. Et les moulins à vent, ça, on n’a pas pu les contourner.

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En Allemagne de l’est, la température redescend d’un coup. On ne réchappe pas à la guerre ou du moins à ses plaies qui ne cicatriseront  jamais vraiment. Mais les quartiers d’artistes, en vogue de Berlin nous mettent du baume au cœur et les cafés cinémas des quartiers underground sont plus joyeux que le cimetière juif, un vrai labyrinthe, en plein centre de la ville.

A Namur, Belgique, nous nous reposons de cette intense journée de tournage en dégustant la Krieg, cette bière à la cerise qui se boit aussi vite qu’un jus de fruit. Assis à la terrasse du bar juste derrière…l’église.

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Bruges

A raison d’une vingtaine de points de tournage dans chaque pays, c’est le tour du pays en mode express, on en prend plein les mirettes et on n’en perd pas une miette.

Après avoir filmé tout ça, il va nous falloir faire le montage de ces mois de tournage. Nous sommes en novembre et il fait froid à Munich. Des prospects semblent nous attendre à Fuerteventura dans les îles Canaries. Nous échouons à Corralejo. Ici, nous aurons un appartement, sans roues. Nous en  remplissons vite les placards, qui semblent tout à coup bien trop grands, pour partir se baigner dans l’océan en plein mois de janvier. Le montage attendra bien un peu !