Trouver la paix à Bali, île élue des dieux, haut lieu de la spiritualité, terre baignée par l’hindouisme, me semblait un jeu d’enfant. Après tout, il aura fallu moins de deux heures à Julia Roberts pour y trouver la sienne dans « Mange, prie, aime » et rien que 168 pages à Laurent Gournelle « L’homme qui voulait être heureux » pour l’être enfin. Mais loin des mises en scène hollywoodiennes et des récits romancés, l’expérience m’a prouvé que c’était un peu plus compliqué que prévu…

1 – La technique du crabe

« Ce n’est pas la destination qui compte, mais le voyage ». Ce proverbe gitan se vérifie dès le départ en avion. Quoi de mieux que d’arriver à destination frais et reposé de son voyage de… 24 h ? Bien sûr, il reste difficile, voire impossible de choisir son voisin de vol, mais il existe une technique imparable pour éviter la biographie complète et détaillée sur 3 générations de cet encombrant personnage qui vous rabattra les oreilles quand il ne sera pas en train de ronfler sur votre épaule. On pourrait l’appeler la « technique du crabe ». Attendez la dernière minute pour embarquer afin de voir s’il reste des sièges consécutifs de libres puis, l’air de rien, faufilez-vous de côté dans l’avion en sautant sur la première occasion qui s’offre à vous. Si en plus, vous vous présentez grimée avec 4 ou 5 boutons rouges sur le visage, le périmètre de sécurité devrait être assuré. Et voilà, vous avez gagné un vol en toute tranquillité, ça commence bien !

2- N’est pas voyageur solitaire qui veut

Vous voilà enfin arrivé sur l’île des dieux, les deux pieds sur la terre ferme, ou molle si le pilote de l’avion a préféré la plage au tarmac, comme ça, juste pour rire. Un programme en tête, la tête pas encore sur les épaules. Tout comme vous, nombre de voyageurs errent leur premier jour de vacances, l’œil brillant, la peau blanche, l’air perdu. Seulement, gardez-vous bien d’imaginer que tout voyageur solitaire l’est, comme vous, par choix (afin de mettre la main sur cette fameuse paix intérieure, objet de votre venue). Certains n’ont simplement pas trouvé de camarade de jeu et planterait volontiers mère solitude. Attention donc, choisissez bien à qui adresser la parole ! Au risque de tomber sur ce frenchy, il y en a toujours un, qui n’attendait qu’une oreille, la vôtre, pour détailler un à un les poissons rencontrés lors de sa dernière plongée. Résultat des courses, 1 : ça vous dégoûte du poisson, 2 : de la mer aussi, 3 : ça gâche le coucher de soleil sur Legian beach (recommandé par le guide du routard) que vous auriez préféré baigné de silence. Mieux vaut suivre cette règle à la lettre : rester muet comme une carpe ! (de la famille des Cyprinidae, vous rappellerait le frenchie…)

3- Le guérisseur : une expérience électrisante

Passage obligé à Bali, la case (du) guérisseur. En bon Français qui se respecte, on a forcément quelque chose qui ne va pas (voire plus). Alors, on évite « le » Ketut Leyer de Julia Roberts qui vous délestera de 35 dollars pour vous dire ce que vous savez déjà : vous êtes belle, intelligente et voyageuse dans l’âme, et on privilégie plutôt quelqu’un recommandé sur place. Si vous tombez bien, le courant passera, littéralement ! Pour ma part, les décharges qui ont arpenté mon échine n’étaient pas dues aux frissons de plaisir, mais aux centaines de volts qui m’ont traversée à chaque fois que ma guérisseuse posait ses mains sur moi. Croyant à une arnaque et après avoir vérifié qu’aucune batterie n’était mise à contribution, le sourire (bien ?)veillant de ma guérisseur m’a assuré du contraire. 40 minutes survoltées, voilà de quoi recharger vos batteries ! Mais pour vous détendre, misez plutôt sur le yoga !

4- Laissez-vous guider, oui mais…

Partir en voiture accompagnée d’un guide est l’une des meilleures options pour visiter l’île. C’est un fait. Et trouver son guide soi-même est à la portée de tous, même de vous, tant les rues commerciales en sont gorgées. Toutefois, assurez-vous de son niveau d’anglais (qu’il soit synchronisé avec le vôtre) afin d’éviter les incompréhensions qui vous amèneraient à être présentée au chauve du village, « balt » alors que vous comptiez découvrir une récolte de sel, « salt ». Remarquez, vous ne perdez peut-être pas au change, si le chauve en question est un guérisseur muet qui déteste le poisson… Cependant, quand on décide de parcourir l’île par ses propres moyens, mieux vaut savoir qu’un Balinais ne sait pas dire non. Votre interlocuteur voulant à tout prix (ou pour seulement quelques roupies) vous être serviable, il vous indiquera toujours une direction, même si elle est fausse ! Mais peu importe, on est en vacances et tous les chemins mènent à Rome ! Même si ce n’est précisément pas là que vous souhaitez aller… N’oubliez pas : la paix intérieure… Respirez ! L’île ne fait après tout que 5 637 km2, pas de quoi paniquer, vous ne vous perdrez jamais bien loin.

5- Pour bien dormir, gardez l’œil ouvert !

A Bali, que vous logiez en losmen, chez l’habitant, à l’hôtel ou en pleine nature, vous aurez droit à votre lot de chants d’animaux transformistes. Les poules se métamorphosent en pies aux aurores, les lézards ou Gecko, eux, se changent en canard à la nuit tombée… Bref, les amoureux de Morphée risquent d’y perdre leurs cheveux, à force de se les tirer. Et quand la faune est aphone, il y a toujours une relève quelque part… Une mosquée dans un pays hindouiste ? Balivernes, pensez-vous! Et pourtant ! Visiter Bali implique souvent une découverte des îles alentours, telles les triplettes (les Gili Islands), dépendantes de l’île de Lombok, à l’est de Bali. Etre réveillé par les chants du muezzin à 5 heures, c’est bien pour faire un jogging, voir un lever de soleil, mais en dehors de ça, si l’on est adepte de la grasse matinée, on se renseignera sur l’éventuelle proximité d’une mosquée avant de poser ses bagages. Enfin, si vous n’êtes pas un oiseau de nuit, tenez-vous éloignée des hauts lieux de débauches australiennes (Kuta et l’île Gili trawagan), les Aussies sont très sympas, mais leur penchant pour la bière les rend… bien plus bruyants qu’un Gecko à la tombée du jour !

Voilà, à part ça, avoir la paix à Bali, c’est facile !