Des sex’parties à 14 ans, des strings pour petites filles, des « premières fois » à l’entrée au collège, des filles avec des filles… Ma nièce de 16 ans me dresse depuis quelques années une image somme toute apocalyptique de la sexualité des ados. Des adoslescents hypersexualisés, une tendance de société ? Quelle époque !  Ça n’était pas comme ça de mon temps ! Ça y est, je parle comme mes parents à l’époque où j’étais moi-même ado…. Il était temps pour moi de creuser le sujet et d’arrêter de servir des généralités.

Quand faut y aller…

sexualité adolescentsRendez-vous avec les principaux concernés, je rencontre un groupe d’ados de 15 ans d’un lycée technique des environs d’Annecy. J’essaye d’affuter mon vocabulaire histoire de ne pas avoir l’air dépassée…

« Une fois que tes amis l’ont fait, il faut le faire aussi sinon, c’est la honte » explique Johanna. Voilà qui donne le ton.

L’éducation à la sexualité vous semble-t-elle adaptée ? « Au collège, on nous parle des protections contre les MST puis on nous explique comment ça marche et on nous dit que c’est agréable, sympa. Quelque part ça nous donne envie d’essayer. On n’y avait pas vraiment pensé encore » explique Floriane.

On a beau prétendre que l’époque est au dialogue et à la démocratisation de l’information, parler de sexualité au sein de la famille reste encore tabou. Shawn : « Chez moi, on n’en parle pas ». Johanna : « Oui, on en avait parlé plus ou moins ». Floriane : « Chez moi, ce n’est pas un tabou, on en avait parlé, mais je ne sais pas, ça s’est fait comme ça ». Qu’on se le dise, les ados n’attendent pas le consentement de leurs ainés pour démarrer leur vie sexuelle.

Johanna « Il y en a certains, leur délire c’est de faire toutes les positions du kamasutra. Après il y a la chatroulette, on branche la webcam et on est connecté avec des gens à moitié nu de l’autre côté de la planète avec lesquels on peut chater ». Et Floriane d’ajouter « et sur Facebook il y a des vieux qui se font passer pour des jeunes mais ils se trahissent en disant des trucs bizarres ».

Le plus drôle, c’est que ces ados plutôt précoces se disent choqués de voir que d’autres s’y mettent encore plus tôt qu’eux. « Dans les boites du coin, on laisse entrer des filles de 13 ans. Elles sont habillées sexy et ça fait venir les garçons. Elles ne sont pas prudes. « Si tu me montres tes seins, je te paye une bouteille de champagne ». Je leur demande des précisions : Quel gamin de 16 ans à ses moyens là ? « Non, non, c’est le patron de la boite qui dit ça»…

Quand je leur demande combien de partenaires ils ont eu, ils lèvent tous le nez au plafond. Silence. J’en déduis qu’ils ne veulent pas me répondre. En fait, ils sont en train de compter… Je retiens mon souffle. « 3, 4, 3-4 environ ». Ils doivent déjà chercher dans leurs souvenirs pour se remémorer où, quand et avec qui.

Johanna. « Ça peut aller vite. On n’est pas forcés d’être dans une relation. Il y a les « plans cul. On te demande si tu veux le faire juste comme ça ». Mais les histoires d’une nuit, à 16 ans, ils en sont déjà revenus. Johanna. « Ma première fois, c’était à une soirée, je le connaissais depuis longtemps, ça s’est fait comme ça. Mais le faire sans sentiments, ça n’est pas intéressant. »

Pour Shawn c’est différent, il est dans une relation depuis 1 an et demi. « On and Off » comme il dit.

Floriane a passé le cap à 14 ans. Elle sait, depuis son entrée au collège, qu’elle préfère les filles. « Ma première fois, je la regrette. Pour la fille avec qui j’étais, c’était juste un coup d’une fois. Elles s’est bien foutue de moi ! ».

J’avais prévu de leur parler de romantisme mais je me ravise, la thématique me parait complétement anachronique…

L’école, ou de l’éducation sexuelle


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Quand on est ado et qu l’on souhaite s’informer en matière de sexualité

Catherine et Françoise sont deux infirmières scolaires. La première travaille dans un lycée d’Annecy, la seconde dans un collège à Groisy. La loi prévoit 3 heures d’éducation sexuelle par an. Mais Catherine précise « Ce n’est pas toujours mis en pratique, c’est selon les établissements ». La circulaire de l’éducation nationale du 17 février 2003 stipule : »L’éducation à la sexualité à l’école est inséparable des connaissances biologiques sur le développement et le fonctionnement du corps humain, mais elle intègre tout autant, sinon plus, une réflexion sur les dimensions psychologiques affectives, sociales, culturelles et éthiques ».

3 heures pour un sujet si sensible c’est peu. Il s’agit d’être efficace et toujours à la page. « Nous devons adapter notre discours très rapidement, en 5 ans ça a tellement changé ! » précise Françoise. A l’occasion d’une intervention sur les contraceptifs, elle aborde le sujet des préservatifs féminins (encore inconnus il y a 10 ans). Les adolescentes semblent déjà être au parfum. Un groupe de jeunes filles lui explique qu’elles en portent automatiquement avant d’aller en soirée, au cas où elles auraient trop bu… En tout cas, côté protection, l’éducation nationale fait son travail !

Si les adolescentes semblent mieux informées, Françoise et Catherine s’accordent à dire que ce qui ne change pas, c’est la naïveté des parents d’élèves. Ils pensent tous que leurs enfants n’y touchent pas…

Même si 1/5ème des premières relations sexuelles ont lieu avant l’âge légal du consentement (15 ans) et 20% des garçons et des filles ont vécu leur première fois à 14 ans ou plus tôt, l’âge moyen du premier rapport n’a pas changé depuis 2006. 17,6 ans chez les filles et 17,2 pour les garçons.

Je leur confie mes doutes. Ça ne colle pas vraiment avec les informations récoltées auprès de mes ados. Leur théorie ? Elles observent une nette différence entre les filières techniques et généralistes. « Plus les études sont difficiles, moins ils ont le temps d’y penser et plus ils s’y mettent tard ». Et selon elles, les élèves des campagnes semblent plus sages que les urbains. Vous savez ce qu’il vous reste à faire si vous voulez des ados chastes !

L’hypersexualisation sur Internet

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Dernière étape, rencontre avec deux spécialistes du web et des jeunes : Sébastien Gendre et Tiziana Bellucci de l’association « Innocence » à Genève. Leur mission : la protection de l’enfance sur internet. C’est en intervenant dans les écoles qu’ils sensibilisent les enfants au danger du web. A la question « Internet a t-il influencé les pratiques sexuelles des adolescents ? », Sebatien Gendre me répond de manière mitigé. « Il serait trop facile de diaboliser Internet. Ce sont les normes sociales qui ont changé, pas seulement celles des ados. Nous sommes baignés de messages à caractères sexuels dans la publicité, la pornographie sur Internet. Les adolescents grandissent dans cette société hyper sexualisée que l’on a crée pour eux ». « Ils grandissent entourés de ces images mais ils savent faire la part des choses, pour la plupart… ».

Selon l’OMS, la première exposition à des images pornographiques dures sur le net serait à l’âge de 11 ans. 80% des garçons et 45% des filles de 14-18 ans  déclarent avoir vu au moins une fois un film X pendant l’année.

Selon Sébastien, l’influence de la pornographie transpire dans leur vocabulaire.  Ils s’expriment en termes de fréquence, de taille, de performance… Leur vocabulaire est cru et plus technique. On l’observe également dans les pratiques, comme l’épilation, particulièrement en vogue dans les pornos.

Pour Sébastien Gendre, il n’est pas question d’interdire internet pour autant mais plutôt de responsabiliser les adultes comme ados. Oui, il faut savoir installer un filtre parental efficace (seulement 27% des parents le font). Et non, faire tourner la photo de sa copine en train de faire une fellation n’est pas sans conséquence. « On informe les jeunes que ces actes engendrent une responsabilité pénale ».

Au final, en pleine période de construction de leur identité sexuelle, en pleine mutation physique, dans une société qui transpire le sexe, je trouve que nos teenagers ne s’en sortent pas si mal !