Franchir le pas de la porte familiale pour réinvestir sa chambre d’enfant, une idée qui paraît cauchemardesque, inconcevable pour une large majorité. Et pourtant, chaque année plus de 31% des hommes et 25% des femmes en Europe entre 25 et 35 ans s’y voient contraints.

Loin d’être des Tanguy, ces jeunes adultes ont bel et bien quitté le domicile familial mais les circonstances ; rupture, chômage, difficultés financières, les ont forcé à y retourner.

Un retour aux sources qui peut se révéler être une bonne aubaine pour reprendre son envol. Encore faut-il être prêt à quelques compromis. Portrait de cinq adultes retournés vivre chez leurs parents.

C’est rarement de gaieté de cœur que l’on frappe à la porte du nid familial, c’est souvent parce qu’on s’est brûlé les ailes.  Julie, Foued, Cécile et Arnaud peuvent en attester. Ils ont en commun de répondre par l’affirmative à la question : « Vous habitez chez vos parents ? », passé 25 ans.

Les parents, eux, sont ravis de voir leur progéniture rappliquer. Tous conçoivent que les réalités économiques d’aujourd’hui additionnées au statut de célibataire (60% des moins de 35 ans) puissent justifier ce retour en arrière. Quelles règles se mettent en place, quelle place occuper dans la sphère familiale ainsi recréée, comment vivent plusieurs générations sous le même toît ?

Sous les réalités financières qui ont motivé ce retour, des raisons dont seulement l’inconscient à le secret ; un cordon mal coupé, un manque d’affection à combler, un règlement de compte ? Portrait de 4 adultes qui on bien voulu témoigner pour ethno-tendances.

« Se retrouver à nouveau dans le « huit clos familial ».

Julie – 28 ans, Thonon les Bains

Julie

Circonstances : J’ai quitté mon emploi pour partir vivre et travailler quelques mois à l’étranger en Argentine. A mon retour, impossible de trouver un nouveau poste dans la communication. J’ai du me résoudre à retourner vivre chez mes parents.

Je l’ai vécu comme une régression, c’était terrible des se retrouver dans cette situation à 27 ans. J’avais goûté à l’indépendance, vécu en couple… Je l’ai vraiment vécu comme un échec personnel même si mes parents étaient plutôt contents de m’ouvrir leur porte.

Mes deux autres frères étaient aussi à la maison. Au départ, on se dit que c’est temporaire, qu’on va reconstruire sa vie rapidement mais ça a duré un an.

Au quotidien : Mes parents sont d’anciens soixante-huitard donc j’étais libre d’aller et venir comme je le voulais sans avoir à rendre de comptes. Vivre en famille m’a aidé à retrouver un rythme plus sain, un équilibre alimentaire.

Le plus dur a été de se retrouver enfermée, à nouveau, dans ce « huit clos familial ». Les vieilles rancunes ont refait surface, il m’a fallut les affronter. De plus, la maison familiale est excentrée, en pleine cambrousse, alors je passais beaucoup de temps en famille. C’était difficile de sortir pour rencontrer du monde.

Vivre à nouveau avec ses parents mais en étant adulte, c’est un vrai cap à passer. Il faut se repositionner. C’était intéressant. Cette expérience m’a fait mûrir. Au final, le fait d’être entourée et soutenue dans cette période chaotique m’a vraiment soulagée. Ça aurait pu être plus dur…

Et après ? Vivre avec eux m’a fait réaliser les limites à ne pas franchir rapport à ma vie privée, comme le fait de garder son jardin secret. Notre relation a mûrie. J’ai fait la paix avec eux et avec moi-même. Ça a été une surprise. J’ai retrouvé un équilibre dans ma vie. Quand j’y retourne aujourd’hui, c’est sereinement.

« Un point d’ancrage qu’il fait bon retrouver »

Arnaud, 33 ans – Annecy

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Circonstances : Depuis la fin de mes études, j’ai fait pas mal d’aller-retour chez mes parents. C’est pour moi un vrai point d’encrage quand les conditions sont difficiles.

La première fois, je suis retourné vivre chez mes parents après mes études, je n’ai pas trouvé un emploi d’entrée de jeu et ça a été un soutien pendant cette période de chômage. Ensuite j’ai vécu en couple, en colocation mais quand j’ai planifié un voyage à l’étranger, j’y suis donc retourné pour pouvoir économiser.

Au quotidien : La maison est grande et je travaillais, je ne croisais donc pas trop souvent mes parents, ce qui, je crois, a rendu la cohabitation plus facile.

Pas de tâches ménagères, pas de repas à cuisiner et pas vraiment de contraintes. Je faisais mes allers-retours comme si j’habitais seul.

Mes parents sont plutôt faciles à vivre. Mon père n’est pas autoritaire et c’est ma mère qui a le plus souffert de la situation. A l’époque, mon frère plus jeune et lui aussi revenu vivre à la maison. Il est resté au chômage un long moment et passait ses journées devant des jeux vidéo. Ma mère se retrouvait avec deux adultes qui avaient des perspectives d’avenir pas très claires et ça l’inquiétait beaucoup.

Et après ? J’avais besoin de retrouver mon indépendance. Ça m’a bien soulagé pendant quelque temps de vivre chez eux mais c’était provisoire. Aujourd’hui, je suis en formation et à nouveau en colocation. J’ai pris un nouveau départ.

« Tous ces avantages valent bien quelques compromis »

Foued – 29 ans, Tournon sur Rhone

Foued

Circonstances : Il y a 3 ans j’ai eu l’opportunité d’intégrer une entreprise à Valence et mes parents vivent juste à côté. J’étais parti de chez eux depuis 6 ans mais c’est sans aucune hésitation que je suis retourné dans ma petite chambre d’enfant pendant un an.

Au quotidien : Rentrer et mettre les pieds sous la table, ça n’a pas de prix et ça ouvre la porte à tous les compromis. Certes, pas de petites copines à la maison pendant un an, pas de sorties nocturnes, mes faits et gestes étaient scrutés et commentés par mes géniteurs et ma petite sœur. Par contre, au revoir les tâches ménagères et bonjour les réveils au son d’une voix familière suivi d’un petit dej’ au lit. Après une « dure » journée, retrouver les petits plats aux saveurs d’enfance et le linge lavé et repassé, un vrai plaisir ! Que demander de plus ?

Vivre loin de sa famille est difficile lorsque l’on vient d’une famille nombreuse soudée. M’installer chez mes parents me permettait de passer du temps avec eux, ça faisait très plaisir à ma mère qui n’a pour unique souhait que de garder son unique fils à ses côtés pour toujours.

Au bout d’une année, j’étais aussi très content de retrouver une certaine indépendance pour ne plus avoir le sentiment d’être assisté. Cette parenthèse d’un an a été une sorte de bouffée d’air frais au niveau humain et financier.

Et après ? Le gain sur plan financier est évidement loin d’être négligeable car économiser pendant un an le prix d’un loyer avec 1300 euros de revenu mensuel net, m’a permis d’envisager des projets immobiliers.

« S’imposer des règles de vie en communauté »

Cécile – Grenoble, 32 ans

Cécile

Circonstances : Après mes études, à 27 ans, j’enchainais les CDD, impossible de trouver un emploi fixe dans le marketing. Je n’avais pas les ressources nécessaires pour prendre un appartement. Je suis donc retournée vivre chez mes parents jusqu’à 30 ans.

Au quotidien : Tout s’est plutôt bien passé. Mes parents étaient contents de m’avoir à nouveau avec eux et la maison est grande, ce n’était pas étouffant.

De retour chez ses parents après quelques années passées ailleurs, on est plus vraiment chez soi et parfois, on me l’a fait ressentir. Pas question de rester affalée jusqu’à midi devant la TV. Ma mère passait l’aspirateur sous mes pieds pour me faire comprendre qu’il était temps de m’activer.

Quand je travaillais, c’était plus facile. Après le travail, je sortais avec des collègues car je n’avais pas envie de rentrer chez soi où je n’avais pas vraiment d’intimité. Je m’imposais des contraintes mais, je crois que c’est simplement du savoir-vivre. Etre présente pour le dîner à l’heure ou les prévenir que je ne serai pas là. J’essayais aussi de passer un maximum de temps avec eux pour ne pas faire comme si j’étais à l’hôtel.

Et après ? Ça a été une vraie chance car on s’entend plutôt bien et ça m’a permis de faire des économies pour meubler mon appartement actuel. Le plus dur a été de se positionner face à eux en tant qu’adulte tout en restant à jamais leur petite fille.