Le mariage est un engagement sentimental certes, moral,  c’est une certitude, spirituel, pourquoi pas, mais c’est aussi un engagement physique régi par la loi sous le nom de « devoir conjugual ».

A la découverte d’une facette du mariage qui ne manque pas de piquant !

Au moment de dire oui, tous vos sens se brouillent, vos yeux ne voient que l’autre, vos mains au creux des siennes vous semblent engourdies, votre odorat est subjugué par son doux parfum, votre gorge est nouée et votre bouche en attente de la délivrance finale : ses lèvres.

Mais gardez-vous bien de perdre l’ouïe ! Et restez attentifs aux paroles du maire car le mariage vous engage au devoir conjugal. La sexualité au sein du couple est un devoir qu’il ne fait pas bon rendre en retard. Et pas question d’invoquer une sombre histoire de chien qui aurait mangé votre copie

La sexualité fait sa loi !

Quand on pense plaisirs charnels, on pense partage, sensualité, plaisir et pour certains, performance mais il est rare de raisonner en termes de devoir. Et pourtant !

« Le devoir conjugal fait partie des devoirs innommés » explique maître Jacquinod-Carry, spécialiste en droit des personnes et de la famille à Annecy.  « ll n’est pas nommé dans le code civil […] mais il résulte du devoir de communauté de vie qui comprend la communauté de toit et la communauté de lit ». Ce devoir est donc sous entendu et en parlant de sous entendus…

Comme nul n’est censé ignorer la loi, prenez note ! La communauté de lit est instaurée dans le code civil en 1956  et implique le devoir d’ « honorer » son partenaire, un devoir qui découle du droit canonique. Mais alors que se passe t-il si l’on n’accomplit pas son devoir ? Vous risquez de vous voir attribuer une mauvaise note ou plutôt, une note salée !

Le prix du sexe

En 2012, Jean-Louis G. est condamné par la cour d’appel d’Aix en Provence à 10000€ de dommages et intérêts dans le cadre d’un divorce pour faute pour « absence de relations sexuelles en dépit de reprises ponctuelles ». Eh oui, l’abstinence, même partielle, est illégale ! Exception faite de problèmes de santé avérés empêchant le partenaire de remplir sa mission.

« Ces affaires sont très rares car il y a un problème de preuves. Dans ce cas précis, le mari a reconnu les faits, c’est là son erreur » précise maitre Jacquinod-Carry. Comme le chantait Guy Mardel : « N’avoue jamais … ».

En 1970, un  homme est jugé fautif pour avoir exigé 3 rapports quotidiens auprès de son épouse. Mais alors, quelle fréquence la loi fixe-t-elle ? Maitre Jacquinot explique : « ce n’est pas déterminé par la jurisprudence, heureusement! ». Le droit canonique estime, lui, que six mois chastes équivalent à de l’abstinence.

Mais aux yeux de la loi, exit la notion de qualité, ce plaisir dont on nous rabat les oreilles dans la publicité et partout dans notre société « moderne ».

Sex in the vraie vie

D’un côté, une société où la tendance est  l’hypermédiatisation de la sexualité, où le plaisir charnel est partout et presque obligatoire, de l’autre, une loi qui vous tape sur les doigts si le rythme n’y est pas. Qu’en est-il de la réalité ?

D’après l’étude « Contexte de la sexualité en France » réalisée en 2007, le nombre moyen de rapports sexuels serait de 8.7 par mois. Un conseil : programmez un rappel sur votre téléphone ou utilisez l’application smartphone « spreadsheets », qui mesure vos performances sexuelles, voilà des preuves qui attesteront de votre bonne volonté à satisfaire monsieur/madame en cas de divorce.

Plus tabou que le sexe, l’abstinence qui, pourtant, au sein des couples, n’est pas rare. Mais puisqu’il est tu, n’en parlons pas…

Et de nouvelles réalités viennent frapper aux portes du palais de justice pour réclamer audience. Le mariage homosexuel en est une. Le devoir conjugal découle directement du devoir de procréation. Dans ces couples du même sexe, si ce devoir de procréation est impossible, « la loi va peut être se relâcher sur l’obligation d’entretenir des rapports sexuels » assume maître Jacquinod-Carry.

Et puis il y a les asexuels… Julien, membre de l’association AVA, l’Association pour la Visibilité Asexuelle, explique : « cette orientation sexuelle s’exprime par l’absence d’attirance sexuelle pour autrui ». A ne pas confondre avec l’abstinence qui est un choix. Une communauté qui représenterait aujourd’hui 1% de la population mondiale. Pour Julien, « l’obligation d’entretenir des rapports sexuels au sein du mariage relèverait de l’ordre du viol conjugal ».

Là où les sexualités divergent, la loi reste sans voix et ne pipe mot.