Ordinateurs, tablettes et smartphones ne sont plus l’apanage des grands. Les plus petits aussi utilisent ces interfaces dès la sortie du berceau et les applications qui leur sont dédiées abondent.

Les créateurs d’applications pour enfants ventent les bienfaits éducatifs de leurs applications censées améliorer leur développement. A croire qu’ils vous nous façonner de vrais petits génies !

Du côté des parents, on est bien content de pouvoir se reposer de temps à autre en confiant sa dernière tablette ou son smartphone. En plus d’être ultra portatifs (ou lieu d’emmener la corbeille de jouets), ils comportent un maximum de jeux pour occuper bébé. Qu’en est-il vraiment des répercutions de ces écrans multifonctions sur nos chères têtes blondes ?

Etat des lieux

Pas besoin d’avoir quitté ses couches-culottes pour savoir utiliser les tablettes.  Au cours d’une soirée entre adultes, le petit Loé,  18 mois devient tout à coup bien sage, on ne l’entend plus. On le cherche des yeux, il joue tranquillement sur l’IPhone de maman. Il  trouve le dossier jeux intuitivement, l’ouvre, choisit son jeu et le démarre tout seul. Mais à quoi joue t-il ? J’interroge Caroline, la maman. « Angry birds, Fruit Ninja. Au début, c’était uniquement mes jeux mais ensuite j’en ai téléchargé pour lui. Il y a des jeux de mémoire, des puzzles, des dessins animés interactifs comme Stella et Sacha. Je lui laisse mon téléphone le matin quand je me prépare, dans les salles d’attente ou chez des amis quand je discute. Je fais bien attention à le mettre en mode avion sinon il teste tous les liens payants et je limite en disant qu’il n’y a plus de batteries sinon il le réclame tout le temps ». Aujourd’hui chaque constructeur développe sa propre tablette pour enfants, les « Childpad ». Un monde virtuel en explosion pour les petits.

Comme le dit si bien Sami Coll, sociologue à Genève : « Les nouvelles technologies ne nous sont pas tombées dessus, on a évolué avec elles et on a participé à leur développement. Ce qu’il faut voir, c’est l’usage que l’on en fait. Après tout, les jeux qui sont proposés sur ces écrans ne sont pas si différents des consoles que nous avions plus jeunes. Ce sont des jouets au même titre que les autres ».

Monde virtuel V/S monde réel

childpadIl aura fallu du temps avant de conclure que la télévision était néfaste pour le développement de l’enfant avant 3 ans. On ventait les mérites des DVD éducatifs et des chaines de télévision pour les tout petits. Au final,  bien des années plus tard, le verdict tombe : en pleine construction neurologique, la télévision est un frein à la coordination et à la motricité.

Comme pour toute nouveauté, il est trop tôt pour dire avec certitude si les applications pour enfants sont bénéfiques ou néfastes pour le développement des enfants. Voilà qui divise les avis des experts mais aussi des parents.

Aux Etats unis, depuis longtemps déjà, les clans pro et anti écrans se déchirent. Certains prônent un retour aux jouets en bois en avançant que la concentration et la capacité de se projeter et de communiquer avec les autres se trouve réduite au contact des écrans. Les autres sont convaincus qu’ils rendent les enfants, appelés « digital natives », plus curieux et plus vifs. En France, les avis ne sont pas aussi tranchés et les pédopsychiatres sont hésitants. Seule l’Académie des sciences dans son avis « L’enfant et les écrans » de janvier 2013 dresse un état des lieux des enjeux, des bénéfices et des risques qu’apportent les écrans et leur réalité virtuelle.

Alors quoi ?

enfants et écransLa construction des fonctions cérébrales dépend de la nature des sollicitations extérieures sensorielles, affectives et culturelles résume très bien l’Academie des sciences dans son avis « L’enfant et les écrans » en janvier 2013.

Une exposition trop précoce est à bannir. « Le numérique peut entraîner une dispersion du savoir (pensée zapping), une intelligence sensori-motrice qui réussit sans comprendre, une personnalité qui est immergée dans chaque situation nouvelle sans recul cognitif ni temporel, la prédominance des relations virtuelles et la fuite de la réalité ».

De 0 à 2 ans, les tablettes peuvent très bien participer au développement cognitif du bébé au même titre que ses autres jouets mais leur utilisation requiert la présence d’un adulte. « Avant trois ans, les seules interactions dont l’enfant profite sont les interactions en vis-à-vis avec un autre humain ou avec les jouets qu’il manipule. Le jeune enfant a d’abord besoin de repères spatiaux et temporels que rien ne permet mieux de construire que les jouets traditionnels et les livres d’images » explique le pédiatre Serge Tisseron. Tous les experts s’accordent à dire qu’il fait privilégier les applications qui engagent l’enfant à être actif et non passif devant un écran.

De 2 à 6 ans, les écrans peuvent avoir des usages pédagogiques positifs, dans l’apprentissage de la lecture par exemple mais attention  à ce que l’enfant ne se refugie pas trop souvent dans ce monde virtuel.

Peu importe l’âge, tous les spécialistes se rejoignent sur deux points : la pratique doit être modérée et l’appareil ne doit pas être en libre accès. Rien de bien sorcier,  l’installation d’un code secret sur ces écrans suffira à limiter la consommation d’applications.