Son diplôme « Haute Couture » d’Esmod Paris en poche, Caroline Takvorian ne garde pas les mains dans les siennes. A 28 ans, cette jeune Lyonnaise ne manque ni d’audace ni de caractère. Elle a beau les dissimiler derrière une douceur apparente, ses créations la trahissent volontiers. Elle utilise des savoir-faire en voie d’extinction dans des collections bien ancrées dans leur temps avec pour ligne directrice la petite robe noire chic « à la parisienne » , qui, une fois revisitée ne manque pas de Rockn’roll !
Rendez-vous au Café Cousu, quel joli nom pour un café fréquenté par le village des créateurs installé juste en face. Assise au fond de la salle, j’entraperçois Caroline par la porte vitrée, je reconnais de suite la jeune femme. Grande blonde, élancée, emmitouflée dans sa gabardine orange. Elle marche à ma rencontre et, en quelques mots échangés, se dégage de sa personnalité, une douceur et une gentillesse qui n’ont rien de commun avec la légendaire attitude Parisienne. Elle y a pourtant décroché son diplôme « Haute couture » [Esmod] et ses dernières créations portent le nom des rues de la capitale. Elle commande un chocolat recouvert de crème chantilly et nous commençons à bavarder.

Comprendre pour mieux agir

Caroline Takvorian1Caroline Takvorian est une jeune femme humble, reconnaissante de toutes les expériences qui lui ont permis d’apprendre son métier et de mettre en pratique son savoir-faire. A commencer par le créateur Lyonnais Nicolas Fafiotte, grand corsetier auprès duquel elle a travaillé. Il lui a transmis l’amour du corset qui revient comme un leit motiv dans ses créations. Son expérience la plus formatrice ? Son poste de chef d’atelier puis d’assistante studio chez Lolita Lempicka à Paris.
Véritable femme orchestre, elle y a exercé toutes les facettes du métier : stylisme, modélisme, sourcing, gestion des fournisseurs et façonniers, gestion d’un atelier. Formée et inspirée par Paris, elle décide néanmoins de retourner à Lyon, sa ville natale. Responsable boutique pour une grande marque de prêt-à-porter de luxe elle observe attentivement les besoins et attentes de la clientèle. Elle manage une équipe et décide de laisser sa timidité au placard. Forte de toutes ces expériences, elle se sent enfin prête à se lancer.
Caroline sait mettre à contribution les procédés marketing de son époque ; ventes privée en ligne, collaboration avec les bloggeuses mode, la toile est, pour sa marque, un véritable tremplin. « La chanteuse Birkii porte l’une de mes vestes dans son clip « Holy War ».
Tout est bon pour l’inspiration ! Ses muses ? L’attitude d’une femme croisée dans la rue une musique, un objet, une expo, un film « En phase d’inspiration, je suis hypersensible à tout ce qui m’entoure. Je rentre ensuite en phase de création, je m’isole dans ma bulle et deviens hermétique au monde extérieur ».

Entre modernité et traditionalisme

Caroline TakvorianCarole Takvorian attache une importance toute particulière aux savoir-faire qui se perdent comme la corsetterie  la borderie, la dentellerie et le « Made in France », gage de qualité. C’est dans cet esprit de traditionalisme qu’elle façonne ses esquisses. Puis, vient le choix affirmé de matériaux nobles. Le cuir d’agneau provient d’une mégisserie qui utilise le procédé du pelanage à la chaux, ce qui lui confère une souplesse inégalable, la dentelle de Calais est choisie pour sa délicatesse et la flanelle de laine pour sa douceur. Chaque pièce bénéficie d’un numéro unique et est accompagnée d’un livret retraçant l’histoire du vêtement et l’origine des qualités qui le compose.
Caroline réinvente la petite robe noire, chic, élégante, et surtout décomplexée. Elle met un point d’honneur à travailler les détails tout en finesse. Les matières ; lainages, cuirs et dentelles s’entremêlent et le travail du détail est bien suffisant pour égayer la tenue. La couleur reste donc logiquement au placard.
« J’ai imaginé ces robes pour des femmes au caractère affirmé et qui veulent que ça transparaisse dans leurs tenues ». Ce sont des vêtements crées pour la femme que j’aimerais être » avoue Caroline. « Ma femme idéale ? Un mélange de Blake Lively pour sa fraicheur, de Freja Beha Erichsen pour la dégaine rock, le chic de Charlotte Rampling ». Les robes sont volontairement simples mais toujours audacieuses ; des épaulettes, une silhouette plus marquée ou un corset façon « combattante ». « J’aime surtout jouer à associer les contraires : une silhouette épaulée, presque agressive, avec des matières douces et raffinées, la sensualité d’un corset avec des empiècements graphiques ou en cuir, le mat avec le brillant. Les combinaisons sont infinies ».
Pour habiller ses tenues, elle invente des accessoires à base de tissus, de cuir, travaillés autour du laiton pour des bijoux qui en impose.

Douce mais AFFIRMEE !

caroline-takvorian3Cette touche de rébellion, Caroline la tient de son enfance. « J’avais un caractère bien trempé et je savais ce que je voulais, surtout côté mode. Dans mon sac, des vêtements côtoyaient mes cahiers pour pouvoir me changer une fois à l’école ». Avec les années, Caroline s’est adoucie mais la femme forte qu’elle adule fait bel et bien partie d’elle quoi qu’elle en dise. Elle avoue quand même à demi mots « Oui c’est vrai, il faut du cran pour se lancer à son compte ».
« Je voulais être dessinatrice ou styliste ». Sa grand-mère l’a faite baigner dans la peinture à l’huile. Ce modèle de femme active et créative jusqu’au bout des ongles n’y est certainement pas pour rien dans son parcours et dans l’esprit audacieux qui se dégage de ses confections.
Puis, l’inspiration suit les grandes étapes de sa vie. La bague au doigt, c’est à la robe de mariée qu’elle s’attaque. Et là encore, c’est la simplicité qui gouverne ses élans créatifs. Elle allie des coupes fines en y associant un esprit vintage, des broderies des années 20, des formes des années 50 pour des femmes libres qui s’affirment !
On retrouve ce même esprit dans sa collection printemps été années 20, dans laquelle plumes, perles, broderies et dentelle côtoient les bustiers. Que de légèreté, agrémentée de glamour ! « Un mariage intime au milieu d’un parc, la mariée un cupcake à la main ». Elle dévoile les corps de manière virginale par un jeu de la transparence; des manches transparentes qui plongent dans un dos nu. Rien de trop apprêté, tout en suggestion.
De la vente en ligne à la vente privée aux défilés qui s’enchainent et bientôt peut-être au pas de porte dans le village des créateurs de Lyon qui l’accompagne si bien depuis son lancement, elle prend les armes, tout en douceur !

Clip Birkii – Holy War